On m'a dit un jour que je n'avais pas de centre.
Que je tournais en rond.
Que j'étais dans les extrêmes.
Que je devais " me recentrer".

Comme si le centre était un point fixe.
Comme s'il existait un endroit, parfaitement droit, inébranlable.

L'univers n'a pas de centre.
La Terre n'a pas de centre au sens absolu.
Tout bouge. Tout tourne. Tout se déplace, se réoeganise, se transforme.

Alors pourquoi l'humain devrait-il être un point fixe dans un monde en mouvement ?

Je ne suis pas un point.
Je suis un mouvement.
Un équilibre temporaire.
Une trajectoire qui se corrige en permanence.

Il y a des jours où je me sens stable.
D'autres où une parole, une rencontre, une situation me déplace.
Il y a des moments où je me reconnais clairement.
D'autres où je me sens floue, traversée, bousculée.

Et longtemps, j'ai cru que c'était un problème.
Qu'il fallait atteindre un définitif.
Une version "centrée" de moi-même, solide, constante, intouchable.

Comme si être humaine, c'était devenir immobile.

La vie ne fonctionne pas comme ça.
Le corps, les émotions, les relations, ne fonctionnent pas comme ça.

Tout est variation.
Tout est ajustement.
Tout est réponse à ce qui arrive.

On parle souvent de "s'ancrer".
On visualise les racines sous les pieds, des racines profondes, solides, rassurantes, qui descend dans la Terre, dans le centre de Gaia.

Mais même un arbre n'est pas immobile.
Il plie avec le vent.
Il perd parfois les branches.
Il traverse des saisons.
Il change.

Ses racines ne servent pas à le figer.
Elles servent à l'empêcher de tomber quand ça bouge.

S'ancrer ce n'est pas devenir rigide.
Ce n'est pas devenir inébranlable.
C'est avoir assez d'appuis pour traverser le mouvement.

Moi aussi, j'ai cru qu'il fallait être droite, stable, définitive, comme un tronc qui ne devrait jamais plier.
Mais la vie n'est pas un état figé.
C'est une successions de tempêtes, de vents, d'éclaircies et de déplacements.

Alors j'ai changé d'image.

Je ne cherche plus un centre immobile.
Je cultive des racines souples, des points d'appuis.
Des manières de revenir à moi quand quelque chose me traverse fort.
De plier sans rompre.
De tomber parfois, et de me relever.

Etre "décentrée", ce n'est pas être cassée.
C'est être touchée, impactée, vivante.

Le vrai danger, ce n'est pas de bouger.
Le vrai danger, ce serait de vouloir ne plus jamais être déplacée.

J'ai arrêté de chercher un centre comme on cherche un refuge définitif.
J'ai arrêté de croire qu'il existait un endroit intérieur où plus rien ne tremble.

A la place, j'ai commencé à chercher autre chose:
Une capacité de retour.
Une façon de me réorienter encore, et encore.

Revenenir à mon corps, mes sensations, à ce que je ressens dans le corps.

Se recentrer, ce n'est pas trouver un point magique.
C'est apprendre à se réajuster, développer une capacité de revenir à moi différemment à chaque fois.

Et peut-être que c'est ça, au fond, la seule "stabilité" possible:
Non pas ne jamais vaciller,
Mais savoir revenir, encore et encore, dans le mouvement même de la vie.